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Ar c'han





       i l l e u r s . . . 
     





                   



                                                                                                                                         

 

  
 
Jeudi 9 juillet 2009









Un soir, sorti des flots, des vents de tempête et des pluies d'orage, j'ai vu le géant fouler les galets noirs.

 
Je me souviens. Les abominables craquements du ventre des navires, les cris lointains portés par les rafales. Les lames furieuses, les mâts rompus. Les lampées d'eau salée, vomies, enflammant mes narines. Mes compagnons terrifiés tandis que se déchiraient les voiles. Les voiles, lambeaux de suaire épousant leurs corps épars, ces amas de chair viride poussés par les vagues jusqu'aux rives. Seul rescapé, je l'ai vu.
 
J'ai vu le géant, j'ai entendu sa voix tonner dans l'air glacial. Les rugissements sinistres de la mer dans les grottes profondes.
 
Je sais que ses filles ont attendu à l'antre des cavernes infernales, leurs  nageoires claquant joyeusement sur les roches. Au creux de leurs paumes luisantes tinte désormais notre or. Je sais que des derniers coffres échoués, s'égrennent nos perles sur leurs écailles. Allanguies sur les lits de varech, elles lèvent haut leurs mentons laiteux, miroirs au poing, l'ourlet bleuté de leurs lèvres esquissant cruels sourires.
 
J'ai vu le géant, les ailes des goëlands frémissaient dans sa barbe, dans sa toison ivoirine. Et son casque éminent pour fendre les brumes.
 
J'ai détourné mon regard, aveuglé par l'éclat de son glaive d'airain. L'écume léchait l'ambre rutilant de ses jambières. Sa bouche a happé tous les vents du ciel et la grande conque a vrombit dans sa main. Mes entrailles hurlant, ma bouche muette, tandis que la tourmente glorifiait le titan. Les oiseaux enfin ont deserté les écueils et la foudre a déchiré les cieux.
 
J'ai vu le géant avancer sur la grève, surgir du fond des eaux une défunte armée. Gémissant, serpentant dessous l'arche vertigineuse de ses jambes.
 
Son bras s'est élevé, d'un vaste revers a drossé le cortège nébuleux des damnés au delà des falaises. Je ne dois mon salut qu'à mes prières et à toi mon aimée, empoignant l'amulette dont tu ceignis mon cou. Une nuée d'oiseaux noirs pour m'enlacer et me dérober à la vue du colosse qui soudain, maitrisa ses élans belliqueux. Car à l'horizon jaillissait l'ainé du ciel et de la terre, au visage radieux, aux tresses d'or.
 
J'ai vu s'affronter nos dieux en une lutte formidable, s'étreindre et ravager le lais des rivages dans leur danse démente. J'ai vu le géant épaule contre terre.
 
Et sur sa nuque résignée, afin que ressurgisse la lumière, la lance souveraine de "Celui qui toujours frappe juste". Lui dont l'esprit transcendant a parlé:  " Je sécherai les larmes des vivants ! Le miel de mes rayons lavera le sel qui ronge leurs coeurs ! La paix en eux, debouts face au large. Ces femmes, ces enfants face au large, priant  pour les âmes ravies des époux et des pères. J'ai dit ! "

 
Un matin, devant la mer calme, je t'ai vue prosternée avec les nôtres. A en perdre haleine, j'ai couru. J'ai couru  vers tes bras tendus.



A Erwan, dont les oeuvres, l'univers et l'âme m'ont toujours inspirée.



Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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Vendredi 3 juillet 2009



                                                                                                                                                                       



Elle est avec toi. Dans la douleur des amours déracinées.

Avec toi. Le coeur béant.


Un soleil vermeil engloutissant une terre de silence.


Qu'on la laisse dormir maintenant, qu'on la  laisse rejoindre cette terre, quand danse le glacis cristallin de la lune sur le galbe mouvant des landes et des océans. Qu'on la laisse, elle est avec toi.


Elle sait tout de ce jour. Ce jour où elle a aimé tes yeux. Deux gemmes à l'éclat brut, au langage étrange, sublimées par ces rides graves comme les crêtes déchirées soulignent les mers claires. Les oiseaux effleurent la surface des eaux moirées, elle n'oublie rien de vos âmes si légères ensembles. Vos baisers absolus et parfaits. Les parfums d'éternité lorsqu'elle franchissait le seuil de ta porte.

Elle se souvient encore des secrets, des mots vrais, des exquises impudeurs. Des sentiers en l'ecrin des calmes forêts. Et le sable, les vagues démentes. Et le vent des brumeuses saisons. Blottie à tes pieds, à l'autel.  Ivre de toi, des brûlantes caresses, de cette force infernale, des mots murmurés dans la fièvre. Aveugle, elle s'est effondrée dans les bras d'un dieu de lumière. Eminent vertige ! Pauvres cendres ...

Tu la regardes tirer en vain sur le fil des plaies à refermer. Puis ta face se détourne de ce corps mutilé. Amour, tu disais "amour " et tu as préféré céder à l'accablante torpeur des heures stériles. Prisonnier du temps et des peurs. Elle a trop longtemps couru après ton ombre, comme une enfant perdue. Tu l'as abandonnée. Tes sabots violemment ont frappé. Aiguisant la lame de ta flèche sur ton coeur d'airain, tu as visé juste, ton bras n'a point tremblé.


Créature des mânes, ange aux mains froides, c'est ton frimas qu'elle respire ! Sous sa peau, dans ses veines, le poison des hantises. Le souffle lui manque, tes lèvres sur les siennes ne sont plus.

Elle sera avec toi. Dans les plaines, debout sur les pierres.


Avec toi. Le coeur vide.


Un fantôme sous le dais roide et lourd des nuits sans étoiles.



Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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Dimanche 14 juin 2009








Nous marchions épaules voutées à travers les landes,de vallons en vallons, et je scrutais l'horizon et ses paisibles monts bruns, infranchissables remparts voilés par la brume.Je voyais pourtant bien cette terre d'ajoncs et de bruyère se dérouler sous mes pieds,mon souffle commençait à manquer,mes jambes à souffrir mais il semblait que nous n'avions pas fait une lieue encore en ce vaste,si vaste décor.J'interrogeais cette contrée qui ne cessait de se métamorphoser selon le caprice des vents chahuteurs dispersant les nuages et les ralliant de nouveau. Inlassablement,la lumière des cieux modelait le paysage.Inlassablement mon guide progressait-il bâton en main,sans jamais perdre la cadence,son chien dans ses pas,imposante bête dont les flamboiements d'une robe fauve répondaient à ceux de la barbe rousse et hirsute de son maitre .Par quel prodige un homme pouvait-il gravir visage et allure impassibles ces amas de roches et ces raidillons,traversant à gué les eaux glacés et tourmentées des rivières ,pénétrant les rafales mordantes de la bise?


Tandis que j'avançais péniblement,silencieux bien que maugréant en mon fort intérieur, j'observais les larges épaules couvertes par le tartan de mon noble pasteur,l'envergure de ses cuisses sous sa jupe de laine,les muscles saillants et vigoureux de ses mollets étirant les lanières de ses braies. Il foulait en maître ce pays qui l'avait vu naitre,initié aux secrets de ces pistes sauvages. Son corps et son esprit étaient ceux d'un lignage ancestral. Valeureux guerriers,époux et épouses,vieillards et enfants façonnés à l'image des Hautes Terres. Leur âme,leur conscience,leur chair dévouées à ce berceau d'une beauté brute,primitive et mystique. Je ne doutais plus,le contemplant durant cette longue déambulation,de son extraordinaire nature et finissais par demeurer humble devant elle.


Happé peu à peu par la graduelle majesté de nos étapes,je me laissais pénétrer par la douce influence du jour déclinant. Ma nouvelle béatitude en totale apothéose lorsqu'il étendit le bras au faîte d'un ultime aplomb rocheux. En contrebas,deux lacs aux galbes harmonieusement insinués aux flancs des montagnes et à la lisière des forêts noires. Et sur ces paisibles miroirs, le reflet du ciel pâle, la lune et les premières étoiles. Nous fîmes un léger détour pour atteindre le plateau.Blottie sous les ramures démesurées d'un if,entre trois rochers,une petite cabane recouverte de joncs nous attendait. Derrière elle,je distinguais la masse sombre des frondaisons épousant le versant du promontoire. L'homme nettoya les cendres du foyer au coeur de nôtre gîte. Une nouvelle flambée suffisamment attisée,il bourra sa longue pipe et s'allongea à même le sol,la tête sur son barda. J'en fis autant,observant la fumée s'échapper de l'orifice prévu à cet effet,au sommet de l'abri,vers les astres. Mon compagnon héla le chien docilement pelotonné à ses pieds afin qu'il monte la garde à l'extérieur. Peu prolixe,il n'ouvrait la bouche que pour flatter,commander son molosse ou bien me mettre en garde sur tel ou tel danger du trajet. Aussi, pendant nôtre repas, mettais-je son inhabituelle verve sur le compte de la fiole qu'il liquidait sans peine alors que,convié à boire avec lui, ma gorge et mes entrailles s' étaient embrasées en une unique lampée. Je l'écoutais me décrire les vallées que nous allions découvrir demain ,sa satisfaction d'avoir cheminé sans embûches sérieuses. Ses yeux clairs pétillaient d'enthousiasme à mesure que rougissaient ses joues dévorées par cette barbe fantastique. Ses tresses en bataille terminaient leur longue course sur l'imposante hache flanquée à son ceinturon. Bien qu'en joie,ce personnage n'affichait point de bonhommie. Ce fut lorsque j'évoquais le retour auprès des siens que brusquement s'éteignit son regard et nôtre conversation. Il agita prestement les braises du feu de la pointe de son bâton et de nouveau stoïque se rallongea. Me tournant le dos, il me souhaita une bonne nuit sur d'étranges paroles: « Vos rêves ici n'en seront pas. Mais confiance,soyez en paix,il n'y a rien à craindre. »


Mes paupières embrassées et la complainte d'une voix éthérée se mêla aux échos qui souvent s'élèvent en mystère alentour quand règnent ces nuits bleutées.Je m'éveillais en un lieu inconnu.Une plaine sous l'éclat de la lune. Des lambeaux de lumière blanche sur quelques bancs de pierre épars,étamant le ventre anthracite de la prairie,soulignaient le galbe des champs.Et dans l'air,en ce bruissement constant rapporté par la brise iodée,je devinais la mer au loin.Je cheminais instinctivement le long d'un ruisseau pour finalement en découvrir la source s'épanchant,dans un frisson cristallin,entre les racines proéminentes d'un chêne mort. A genoux au pied de cette arbre gigantesque,je demeurais,alloué à ma contemplation. Les arabesques des branches dépouillées s'élevaient avec grâce,jusqu'à toucher les étoiles.L'esprit dénué de toute pensée ,apaisé,le souvenir de mon étrange errance s'étiolait peu à peu. Il ne m'importait plus de comprendre comment j'avais pu échouer ici .Au doux chant d'une hulotte,lentement battait mon coeur.


Et je la vis dressée devant moi,comme ces parfums qui planent et nous saisissent par surprise.Le corps blême d'une femme décapitée,tenant au creux des mains sa tête dont la longue chevelure léchait l'herbe grasse.Je n'en éprouvais curieusement aucune crainte, ému par l'expression intensément mélancolique du spectre.Elle tentait de me parler,mais je n'entendais rien,ses lèvres remuant en silence. Devant mon air désolé, la pauvre créature continuait en vain mais sombra peu à peu dans une immense détresse.Je voyais couler ses larmes et les plaies de son cou vinrent à saigner abondamment. Je voulu m'approcher d'elle,mais elle virevolta insaisissable,définitivement démente,gémissant en proie à son affliction. Mes oreilles bourdonnaient,il me semblait sentir la terre trembler sous mes pieds quand soudain,le fantôme nimbé d'un halo aveuglant explosa littéralement,me projetant violemment au sol.


Je sursautais,en nage sur ma couche.J'avais du crier,le chien de mon éclaireur aboyait après moi.J'entendis à l' extérieur la voix tonitruante du géant roux lui intimer de se taire.Rassemblant en toute hâte mes affaires autant que mes esprits ,je le suivais à nouveau tandis qu'il dévalait la colline sans mot dire. A la mi-journée,nous étions enfin arrivés à destination.A quelques centaines de pieds s'élevaient,en amont devant nous,les palissades branlantes et carbonisées de ce qui devait auparavant être un village. L'endroit était désert,lugubre et mon ventre se noua. Au détour d'un bosquet, j' apperçu les ruines calcinées d'une masure jouxtée par une étrange hutte,le treillis tourmenté,ivre bicoque à l'image des stèles et autres pierres levées environnantes. Divers crânes d'animaux,dont certains se dépouillaient encore de leurs chairs,coiffaient les poteaux qui l'encerclaient. Suspendues ça et là sur leurs cornes et leurs bois,nombre d'amulettes cliquetaient en tournoyant lentement:


« Ho l'homme! Te voici donc de retour! »


Une petite femme sortit de l'abri,dos voûté . Le blanc enchevêtrement de sa tignasse démesurée lui faisait quasiment office de manteau. Malgré sa pauvre carcasse tassée et son allure claudicante, elle maintenait avec dignité le revers ouvragé de sa robe sur l' avant bras et levait fièrement son visage mangé par les rides. Elle vint tapoter l'épaule de mon compère et ricana:


« L'ultime saison d'une interminable existence s'est emparée de mon regard mais n'a point dérobé mon flair et mon ouïe! Et ma foi fils,depuis quand marches-tu pour que j'ai pu te sentir avant même de t'entendre?! »


Il ne répondit pas et s'éloigna presque gauche pour caresser sa bête,l'air renfrogné. Puis elle m'approcha,ses doigts noueux devinant mon visage et renifla : « oui,ouiiii...j'attendais celui qui marchait dans ses pas...celui qui marchait. Il est bien jeune,ses lèvres fleurent encore le lait!Hé va! Ne te vexe pas mon garçon,je sens se raidir tes traits! Tu as encore beaucoup à apprendre voilà tout. Je sais ce qui te mène ici .Ce que ne voient pas mes yeux mon coeur voit,ce que ne dis pas ta bouche,mon coeur dit. Et il en est ainsi de moi pour tous les mortels. Allons,je suis lasse maintenant,aide-moi à m'assoir »


Elle désigna sa hutte et je la fis siéger sur les peaux de bête qu'elle tirait du pas de la porte vers l'extérieur. Je ne savais que faire tandis qu'elle tenait ma main en silence,hiératique et souveraine. Le ciel se mit à rosir peu à peu,bientôt allait poindre l'orage. Les oiseaux gazouillaient dans l'air ouaté,les branches craquaient. Le chien s'agitait autour de nous,flairait la suie des pierres et revint glapir auprès de son maitre qui, debout bien à l'écart,jouait de son bâton sur le sol. La vieille femme se tourna vers lui et commença à fredonner un air qui me sembla familier:


« Chaque jour je pense à toi,j'entend ta voix et tes pas.
Si je tente de m'approcher ,je te vois t'éloigner.
Si je tente de chercher,je demeure désarmé.
Point de tombeau mon amie, ma dame,mais je sais où prier et te pleurer.
Je te chanterai toujours car je sais où tu es en vérité .
Je te chanterai toujours, mon amie,ma dame,
Afin qu'ils sachent qui tu étais. »


Et elle m'a conté l'histoire de cet homme placide,ce colosse taciturne à la crinière ardente.Trois hommes avaient chevauché des lunes entières à sa recherche.Selon eux, il détenait l'objet sacré qu'ils convoitaient ,une pierre noire,soeur des étoiles . A l'ouest, là où se prosternait la terre devant l'océan,le père de son père avait débarqué pour fonder son clan. De la nef était descendue celle qui garantirait sa postérité,accompagnée de sa mère,toute deux condisciples des neufs prêtresses de l'île perdue. Ile qui ,de récits en récits ,d'age en age, s'abandonnait au mythe. En ce lieu se trouvait la pierre maitresse . L'aïeul et son épouse en recelaient le pouvoir. Ma narratrice était cette mère qui posa le pied sur de nouveaux rivages. Sa fille devait quitter la communauté,comme l'exigeait la loi,car elle vouait un amour sans borne à celui qui ,au hasard d'un naufrage et seul rescapé, pensait mourir sur le sable vierge de leur île. Il était de son devoir de mère de la suivre d'autant qu'elle redoutait le tempérament de ce nouvel époux,pauvre mortel en proie aux faiblesses de sa nature humaine. Hélas elle ne sut que trop tard combien ses soupçons allaient s'avérer justes. Il avait en effet dérobé un morceau de la pierre sacrée et sa compagne lui en céda tout les secrets. Le peuple des Hautes Terres les accueillit avec bienveillance. Tous disaient que cet avènement était relaté dans les prophéties depuis leur genèse:


« Nous les avons laissés croire ,honorés,mais je portais en mon âme un lourd fardeau.Ils nous ont vénérés et ont fait d'un couple maudit ,leurs seigneurs.Auparavant pacifiques, ils se sont finalement initiés aux arts de la guerre.Les dieux m'ont prêté longue vie,assez pour que je puisse m'en faire le Verbe afin de modérer les élans belliqueux de la génération suivante.J'ai porté tout mes espoirs sur la dynastie de mon mon arrière petit fils.Lui qui t'a mené à moi et que l'on nomme depuis lors Le Dépossédé.Juste et empreint de nobles qualités mais d'une nature solitaire,il appréciait se retirer du village de temps à autres,en ce logis maintenant réduit en cendres.Nous avons vécu en paix,toutefois je craignais toujours ce qui advint enfin.Un murmure s'est épanché, sinuant,croissant à travers les contrées,puis devint rumeur pour définitivement s'incarner en une grande clameur.Le bruit courait partout que nôtre tribu était pourvue d'un singulier pouvoir légué par les Dieux, le rendant invincible.Les trois cavaliers, ceux dont la mort ne veut pas, puissants parmi les puissants,avaient délégué leurs espions dans tout le monde connu afin de retrouver nôtre chef.Un soir,celui-ci reçut leur funèbre visite.Je m'étais absentée,sacrifiant au pied du grand chêne mort , comme il est de coutume à cette période de l'année. Mais les dieux me prêtèrent leurs yeux et leurs oreilles.J'ai tout vu,tout entendu dans l'impuissance et les larmes. »


Revenant de la chasse,il fut d'abord alerté par les cris de sa femme et de son fils. Trois chevaliers les menaçaient,le fil des épées sur la gorge laiteuse des innocents,leurs armures rutilant devant les flammes . Par deux fois ils leur ordonnèrent de révéler la cachette de la pierre noire et se heurtèrent par deux fois à un farouche refus. Le plus grand d'entre ces démons à la carapace d'airain ,ayant découvert nôtre homme, fondit sur lui. Nullement troublé par les ruades du cheval,ce dernier se défendit à en perdre haleine,hache et glaive en main. Les lames fendaient l'air en sinistres vrombrissements. Dans la frénésie du combat,il n'avait pas vu que sa progéniture gisait déjà au sol et ce fut lorsqu'il entendit hurler son épouse qu'il se troubla et reçut un mauvais coup,tombant comme mort .La pauvre enfant fut à son tour jetée à terre par les guerriers puis violée et torturée . Ils dépeçaient ,dans une sadique jouissance,la chair de ses bras,de ses jambes ,de ce ventre qu'ils venaient de souiller mais jamais elle n'implora leur pitié. Ils finirent par l'abandonner agonisante et se ruèrent sur le village ,précédant l'armée qu'ils avaient levée. Le Dépossédé recouvra ses esprits à cet instant et devant l'horrible spectacle ,se redressa, titubant.


« Je me souviens mon enfant....je me souviens l'avoir vu soudainement bondir vers elle. Brandie entre ses deux mains ,sa hache de mille feux resplendissait ,nimbant son visage dément d'une aura fantastique. Il frappa en aveugle et la décapita,abrégeant ainsi ses souffrances mais en ce geste desespéré,la priva d'accéder au Royaume des Bienheureux. Depuis ce jour,elle erre dans l' Entremonde et se languit »


***

Dans la panse plombée des nuages bataillaient maintenant les éclairs. Quelques gouttes tombèrent,sporadiques,pour s'épancher en une seule musique. A travers le rideau de pluie,mon guide s'avança ,plus sombre ,plus imposant que jamais puis lança cette hache qui vint se planter à mes pieds:


« Mon aïeule en ses rêves a trouvé l'Elu et m'a sommé de le mener ici. C'est chose faite en ce jour. Des neufs prêtresses,six ont donc quitté l'île. Avec elles a disparu la pierre. Les trois dernières attendent de t'initier. Tu es libre de ta destinée mais s'il t'est gré,je te suivrai sur les mers . Quant à toi vieille femme,je te rendrai l'honneur que mes ancêtres ont bafoué et je vengerai dans le sang celui des miens! Je fus Le Dépossédé, je suis désormais Les Mains Rouges. »

 

Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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Dimanche 14 juin 2009

L'anéantissement est le principal sujet de ce texte.Prenant en compte les sentiments inhérents à ma nature humaine,j'avais matière, tandis que j'ecrivais cela, pour me faire la voix d'une citée. J'espère que vous aurez bonne lecture.L'illustration est de John Martin.






Au premier jour se sont étendues les ténèbres, dévorant l'horizon, étouffant l'immensité du monde. La lune s'est noyée dans la pénombre, les étoiles une à une se sont détachées des cieux et sont tombées sur mes flancs d'albâtre.Tandis que me devorait leur feu, les Dieux ont écarté ma face de la lumière et les démons m'ont jetée dans la desolation. Ils ont fait pourrir ma chair et ma peau, ont brisé mes os. Ma couronne est tombée sans un bruit dans les cendres. Ils ont plongé dans le deuil mes remparts, mes murailles qui desormais ne s'élèvent plus qu'en ruines lugubres.


Au deuxième jour , leur légion fantastique à ma gorge s'est jetée , frénétique. Les centaures ont tendu leurs arcs et la vague noire des traits s'est abattue sur les reins de mes hommes. Les poings serrés des géants autour de la toison ensanglantée des survivants, le bruit atroce des carcasses brisées contre les montagnes. Les mains, les armes des démiurges entrelacées, mêlées, froides sur mon cou, ont eu raison de mes forces. Mes portes se sont renversées à terre, barres rompues, detruites et les sentiers alentours sont maintenant stériles et deserts, obstrués par les pierres. Mon Roi, comme s'affolent les cerfs aux jappements de la meute, a fuit. Il a fuit épouvanté devant ceux qui le chassaient.


Au troisième jour, les devins se sont couvert la tête, leurs jambes ont fléchi et leur langue s'est attachée à leurs palais. Leurs prophéties jamais plus ne trouveront oreille attentive, leur soif jamais plus ne sera apaisée. Au seuil des demeures, les anciens ont expiré, les enfants ont rendu l'âme sur le sein de leurs mères. L'épée du carnage, l'épée du grand carnage a hurlé ! Forgée pour étinceler, forgée pour massacrer, pour jeter l'effroi dans les coeurs, poursuivre et diriger son tranchant de tous côtés ! Le fracas du pillage résonne encore dans mon sanctuaire. Dispersés l'or et les pierres , l'encens des vasques sur le marbre et les tapis ecarlates ! Et les miens, de leurs doigts meurtris, grattaient le sol, frappaient leurs poitrines, lacéraient leurs vêtements.


Où étiez-vous Dieux quand l'armée infernale a terrassé tous mes guerriers, contre moi tournant et retournant son fleau ? Quand elle les a dispersés dans sa furie comme on souffle sur la poussière ? Où étiez-vous Dieux quand mon peuple, souillé de sang, a erré en aveugle dans les rues, les mains levées au ciel ? Je suis dès lors objet d'aversion , ceux qui me voient me méprisent, moi-même je soupire et détourne mon visage. Est-ce là la citée que l'on nommait La Parfaitement Belle, au front céleste, aux pieds d'airain ? Ils rient ceux qui sont assis sur ma dépouille ! Voyez luire les canines aiguisées des charognards, voyez leurs gueules pourpres !


Laissez-moi répandre jour et nuit torrent de larmes, que mon oeil n'ait point de repos ! Laissez-moi gémir du fond de ma fosse, sans relâche ! La paix m'est enlevée, je ne connais plus le bonheur. Les fils de mes fils fouleront mes vestiges en esclaves, la bouche privée de pain . Ils chancelleront, l'âme dépourvue de souvenirs, d'histoire . Les vierges ne seront plus, fardées en prostituées, nuques contraintes, lèvres tendues aux coupes venimeuses des oppresseurs. Mon honneur est perdu, mon coeur se consume dans l'opprobre, mes entrailles répandent leur bile à la surface de la terre. Ceux qui me consoleraient, ranimeraient ma vie se sont éloignés de moi. Je sombrerai bientôt dans l'oubli, auprès de ceux qui sont morts depuis longtemps déjà.



Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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Lundi 13 octobre 2008

 

 

 Les miroirs semblent opaques

A ceux qui nous tourmentent.

Le langage sybillin,

Les élans insondables.

Amers des mille lumières

désertes de leur coeurs.


Impérissable,implacable,

Immaculée demeure en mon âme.

Passées les portes d'airain,

Un sanctuaire d'amour.

Vertigineuses murailles

ne trembleront jamais.


Je ne possédais rien,

Ni or,ni perles,ambre ou cornaline.

Juste les rayons du soleil

En l'écrin des sous-bois.

Pas d'encens sinon leurs parfums

Et ceux de ta peau.

 

Les vallées bleues,

Les hameaux nimbés par l'aurore.

Combien de pays à sillonner

Que nos pas jamais ne fouleront ensemble !

Je dois cadenasser les rêves perdus,

Ces ruines dans une châsse blême.

 



Jetée la clé des jardins !

Où mille secrets furent avoués,

Chuchotés sous les alcôves intimes.

Un royaume de souvenirs.

Aux pieds d'un trône vide,

Que faire sinon se blottir ?

 

Des havres,des éthers

Et des lunes,des lunes encore.

Mélancolie ,ô ambivalente muse

qui incarne mes soupirs

En nautoniers fantômes

des épaves endormies.

 

A saisir,secourir,

Une main,un corps las.

Les cataractes vermeilles

Des plaies à sceller en douceur.

S'il me faut réapprendre à marcher,

Alors,enlacée,je le ferai.


Je ne t'oublierai point

Sur l'autel allouée de nouveau.

Je me retournerai.

Un doigt posé sur mes lèvres,

Mon regard te cherchera.

Mémorable,indomptable alliance.


Je me retournerai.

 


 


 

Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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