Août,mois solaire par excellence,etait le début de l'Automne chez le peuple celte.La sécheresse s'installe,certains arbres commencent à jaunir,les fruits sont mûrs,les moissons sont récoltées.Au début du mois etait fêté Lughnasad(h),l'assemblée de Lugh,dieu suprême du panthéon celtique.En irlandais moderne,le premier jour du mois d'Août porte d'ailleurs le nom de Lùnasa.
Lugh (Laou chez les bretons,Lleu dans les récits brittoniques) est un des rares dieu à se retrouver chez tous les peuples celtes.Il est à l'origine de plusieurs toponymes,les plus connus etant Lyon (Lugdunum) et Laon.Il en est beaucoup question dans les récits mythiques irlandais,tel "la bataille de Mag Thured" ( Cath Maighe Tuireadh ),bataille entre les Tuatha De Danann ,aux côtés de Lugh, et les Fomoirés.
On se représentait ce dieu comme un beau jeune homme rayonnant,aux longs cheveux blonds,vêtu d'un costume rouge recouvert d'une cape verte accrochée à ses épaules par une fibule d'argent.Portant un bouclier noir comme celui des guerriers bretons du haut Moyen-Age et une lance magique à cinq branches à la main,il est capable de tuer neuf hommes à chaque jet .Sur les neufs,il y aura toujours un roi ou un chef.Chez les irlandais,cette lance lui vaut le titre de Làmhfadha: "à la main longue".Elle est inséparable du Chaudron du Dagda "Le Dieu Bon",rempli de sang.Il faut qu'elle y soit plongée pour éviter qu'elle ne détruise tout autour d'elle.Lugh possède également une fronde redoutable avec laquelle ,suite à une prophétie,il tua son grand-père maternel,Balor.Il peut également jouer d'une harpe magique (d'après d'autres sources,la harpe joue seule) qui selon les circonstances, endormira les auditeurs,les fera rire ou pleurer.Enfin,le corbeau,oiseau solaire chez les celtes,est une des formes de Lugh.
Lugh recouvrait les trois fonctions de la société celte: fonction sacerdotale,guerrière et artisanale. Il est qualifié de Salmidanach "le polytechnicien" car il est le dieu de tous les arts.En effet,alors qu'il se présente à la résidence du roi Nuada, à l'occasion d'une fête, le Portier lui refuse l'accès. Lugh affirme qu'il peut être utile, on lui répond par la négative ; c'est ainsi qu'il est successivement charpentier, forgeron, échanson , guerrier, magicien. C'est en qualité de joueur d'échecs qu'il est accepté, et dispute une partie avec le roi qu'il bat. Cette partie est purement symbolique puisqu'il s'agit d'une joute intellectuelle à l'issue de laquelle, Lugh prend le pouvoir du monde.
Lugh protegeait aussi les voyageurs et les commerçants,ce qui valu à César de le comparer au dieu Mercure.Plus tard,le christianisme l'assimilera à l'Archange Saint Michel,ou encore au centurion romain Longin,devenu Saint ,qui perca le flanc de Jesus de sa lance et permit à Joseph d'Arimathie de recueillir le sang du Christ dans le Graal ( sans doûte une évocation du chaudron de Dagda).Dans les récits arthuriens primitifs,il semble être également une évolution du personnage de Llwch Llawwynawc où il aide Arthur à s'emparer du chaudron d'Annwn.Personnage qui se metamorphosera plus tardivement en Lancelot.
Lugh étant souvent considéré comme le roi des Dieux,il se retrouve être l'archétype du bon roi, à l'honneur pour la fête de Lughnasad(h), dans sa fonction de redistributeur des richesses et d'équité, le tout sous l'autorité des druides,participants des festivités mais ne ceremoniant pas cette fois ci. C'etait l'occasion d'imposer une trêve militaire célébrant la paix,l'amitié, l'abondance et la prospérité du royaume. La fête etait obligatoire (sous peine,selon la croyance, de vil orgueil et de vieillissement prématuré ) et réunissait les trois classes (sacerdotale, guerrière et artisanale) de la société.Elle est décrite comme une foire de commerce, mais aussi une occasion de régler les contentieux, de célébrer des mariages, d'entendre des poètes et des musiciens.S'il n'y a pas de sacrifice ni de cérémonie religieuse, on y fait des jeux et des courses, similaires aux Olympiades grecques.
Si nous devons méditer sur cette fête, rétablir Lughnasad(h) dans ses valeurs premières et l'adapter à nôtre époque ,peut-être serait-il important de mettre l'accent sur les valeurs humaines et sociales, sur la politique et les changements à apporter, sur la paix dans le monde, le respect des êtres humains. Pourtant il faut bien garder à l'esprit son aspect paradoxal : la mort et la joie de l'abondance se côtoient.




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