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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 07 2009 15:01









Un soir, sorti des flots, des vents de tempête et des pluies d'orage, j'ai vu le géant fouler les galets noirs.

 
Je me souviens. Les abominables craquements du ventre des navires, les cris lointains portés par les rafales. Les lames furieuses, les mâts rompus. Les lampées d'eau salée, vomies, enflammant mes narines. Mes compagnons terrifiés tandis que se déchiraient les voiles. Les voiles, lambeaux de suaire épousant leurs corps épars, ces amas de chair viride poussés par les vagues jusqu'aux rives. Seul rescapé, je l'ai vu.
 
J'ai vu le géant, j'ai entendu sa voix tonner dans l'air glacial. Les rugissements sinistres de la mer dans les grottes profondes.
 
Je sais que ses filles ont attendu à l'antre des cavernes infernales, leurs  nageoires claquant joyeusement sur les roches. Au creux de leurs paumes luisantes tinte désormais notre or. Je sais que des derniers coffres échoués, s'égrennent nos perles sur leurs écailles. Allanguies sur les lits de varech, elles lèvent haut leurs mentons laiteux, miroirs au poing, l'ourlet bleuté de leurs lèvres esquissant cruels sourires.
 
J'ai vu le géant, les ailes des goëlands frémissaient dans sa barbe, dans sa toison ivoirine. Et son casque éminent pour fendre les brumes.
 
J'ai détourné mon regard, aveuglé par l'éclat de son glaive d'airain. L'écume léchait l'ambre rutilant de ses jambières. Sa bouche a happé tous les vents du ciel et la grande conque a vrombit dans sa main. Mes entrailles hurlant, ma bouche muette, tandis que la tourmente glorifiait le titan. Les oiseaux enfin ont deserté les écueils et la foudre a déchiré les cieux.
 
J'ai vu le géant avancer sur la grève, surgir du fond des eaux une défunte armée. Gémissant, serpentant dessous l'arche vertigineuse de ses jambes.
 
Son bras s'est élevé, d'un vaste revers a drossé le cortège nébuleux des damnés au delà des falaises. Je ne dois mon salut qu'à mes prières et à toi mon aimée, empoignant l'amulette dont tu ceignis mon cou. Une nuée d'oiseaux noirs pour m'enlacer et me dérober à la vue du colosse qui soudain, maitrisa ses élans belliqueux. Car à l'horizon jaillissait l'ainé du ciel et de la terre, au visage radieux, aux tresses d'or.
 
J'ai vu s'affronter nos dieux en une lutte formidable, s'étreindre et ravager le lais des rivages dans leur danse démente. J'ai vu le géant épaule contre terre.
 
Et sur sa nuque résignée, afin que ressurgisse la lumière, la lance souveraine de "Celui qui toujours frappe juste". Lui dont l'esprit transcendant a parlé:  " Je sécherai les larmes des vivants ! Le miel de mes rayons lavera le sel qui ronge leurs coeurs ! La paix en eux, debouts face au large. Ces femmes, ces enfants face au large, priant  pour les âmes ravies des époux et des pères. J'ai dit ! "

 
Un matin, devant la mer calme, je t'ai vue prosternée avec les nôtres. A en perdre haleine, j'ai couru. J'ai couru  vers tes bras tendus.



A Erwan, dont les oeuvres, l'univers et l'âme m'ont toujours inspirée.



Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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