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Dimanche 14 juin 2009 7 14 06 2009 15:33

L'anéantissement est le principal sujet de ce texte.Prenant en compte les sentiments inhérents à ma nature humaine,j'avais matière, tandis que j'ecrivais cela, pour me faire la voix d'une citée. J'espère que vous aurez bonne lecture.L'illustration est de John Martin.






Au premier jour se sont étendues les ténèbres, dévorant l'horizon, étouffant l'immensité du monde. La lune s'est noyée dans la pénombre, les étoiles une à une se sont détachées des cieux et sont tombées sur mes flancs d'albâtre.Tandis que me devorait leur feu, les Dieux ont écarté ma face de la lumière et les démons m'ont jetée dans la desolation. Ils ont fait pourrir ma chair et ma peau, ont brisé mes os. Ma couronne est tombée sans un bruit dans les cendres. Ils ont plongé dans le deuil mes remparts, mes murailles qui desormais ne s'élèvent plus qu'en ruines lugubres.


Au deuxième jour , leur légion fantastique à ma gorge s'est jetée , frénétique. Les centaures ont tendu leurs arcs et la vague noire des traits s'est abattue sur les reins de mes hommes. Les poings serrés des géants autour de la toison ensanglantée des survivants, le bruit atroce des carcasses brisées contre les montagnes. Les mains, les armes des démiurges entrelacées, mêlées, froides sur mon cou, ont eu raison de mes forces. Mes portes se sont renversées à terre, barres rompues, detruites et les sentiers alentours sont maintenant stériles et deserts, obstrués par les pierres. Mon Roi, comme s'affolent les cerfs aux jappements de la meute, a fuit. Il a fuit épouvanté devant ceux qui le chassaient.


Au troisième jour, les devins se sont couvert la tête, leurs jambes ont fléchi et leur langue s'est attachée à leurs palais. Leurs prophéties jamais plus ne trouveront oreille attentive, leur soif jamais plus ne sera apaisée. Au seuil des demeures, les anciens ont expiré, les enfants ont rendu l'âme sur le sein de leurs mères. L'épée du carnage, l'épée du grand carnage a hurlé ! Forgée pour étinceler, forgée pour massacrer, pour jeter l'effroi dans les coeurs, poursuivre et diriger son tranchant de tous côtés ! Le fracas du pillage résonne encore dans mon sanctuaire. Dispersés l'or et les pierres , l'encens des vasques sur le marbre et les tapis ecarlates ! Et les miens, de leurs doigts meurtris, grattaient le sol, frappaient leurs poitrines, lacéraient leurs vêtements.


Où étiez-vous Dieux quand l'armée infernale a terrassé tous mes guerriers, contre moi tournant et retournant son fleau ? Quand elle les a dispersés dans sa furie comme on souffle sur la poussière ? Où étiez-vous Dieux quand mon peuple, souillé de sang, a erré en aveugle dans les rues, les mains levées au ciel ? Je suis dès lors objet d'aversion , ceux qui me voient me méprisent, moi-même je soupire et détourne mon visage. Est-ce là la citée que l'on nommait La Parfaitement Belle, au front céleste, aux pieds d'airain ? Ils rient ceux qui sont assis sur ma dépouille ! Voyez luire les canines aiguisées des charognards, voyez leurs gueules pourpres !


Laissez-moi répandre jour et nuit torrent de larmes, que mon oeil n'ait point de repos ! Laissez-moi gémir du fond de ma fosse, sans relâche ! La paix m'est enlevée, je ne connais plus le bonheur. Les fils de mes fils fouleront mes vestiges en esclaves, la bouche privée de pain . Ils chancelleront, l'âme dépourvue de souvenirs, d'histoire . Les vierges ne seront plus, fardées en prostituées, nuques contraintes, lèvres tendues aux coupes venimeuses des oppresseurs. Mon honneur est perdu, mon coeur se consume dans l'opprobre, mes entrailles répandent leur bile à la surface de la terre. Ceux qui me consoleraient, ranimeraient ma vie se sont éloignés de moi. Je sombrerai bientôt dans l'oubli, auprès de ceux qui sont morts depuis longtemps déjà.



Par Nadia - Publié dans : mes écrits
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