Matin estival à la campagne,le Berry s'étire nonchalamment à la face d'un soleil déjà franc. Une légère brise laisse osciller les joncs alentour et dans leur balancement,la courbure des feuilles oblongues porte délicatement les libellules. La robe des demoiselles et l'extrémité de leurs ailes azurées,voilà qui me laisse contemplative. Elles virevoltent en silence et terminent leur ballets amoureux sur les corolles fuschia des nénuphars. Le dos de ma petite fille et ses épaules couleur pain d'épice. Elle tresse des colliers de paquerettes et le chat l'observe la moustache frémissant de curiosité. Ma petite fée se retourne et tend son bras pour me montrer son ouvrage. Nous nous sourions. Les araignées ne cessent de devider leur soie et d'y remonter inlassablement,considérant sans doûte entre les iris,l'espace où elles tisseront leurs toiles. Les grenouilles se laissent flotter presque amorphes.Tout juste esquissent-elles quelques mouvements au deploiement des ondes sur l'etendue des eaux troubles,lorsqu'afleurent les carpes.Le grand saule m'accueille et je m'adosse à lui. Mon regard s'est perdu sur les rives,ourlet pers brodé de reines des près.La torpeur s'installe et tout,lentement, semble se figer. Nous nous en retournons vers la maison et la fraicheur de ses pierres blanches. Mon garçon saute de la balançoire d'où il nous guettait et nous rejoint. Je marche nus-pieds dans l'herbe grasse,les mains moites de mes amours dans les miennes.
L'incessant bourdonnement des abeilles et des mouches. Tournoyant doucement sur les ondes de chaleur,les feuilles mortes chutent sans un bruit. Tandis que nous mangeons,j'aime entendre l'eau se deverser dans les verres et regarder sautiller les oiseaux le long du muret du jardin. Sur la surface sombre de mon café,la silhouette du Tilleul au dessus de nos tête se reflète à la lumière blanche de midi. Les petits ont déjà filé pour piquer une tête dans la piscine. Après leur passage eclair,le rideau de perles de bois suspendu au linteau de la porte tremble encore légèrement. Je suis seule devant cette table et ces chaises vides et ne vois plus passer le temps, retirée dans mes pensées.Je suis coupable de secouer le dais noir de mes tourments en un lieu si paisible. Et les langues ardentes de l'astre des jours commencent à blesser ma chair aussi durement que les souvenirs se cognent à mon giron. Je me lève brusquement à la recherche d'un havre salvateur et le trouve dans les bras d'une mère. Elle me laissera encore sur les joues ces traces de rouge à lèvre carmin. Elle me laissera encore en mémoire son parfum,son rire,ses petites mains lestées de quantité de bagues caressant mes cheveux et ces surnoms tendrement saugrenus dont elle m'affuble pour me consoler.
Je marche dans les champs, j'épie la lisière du petit bois. J'attend en vain de voir s'envoler à nouveau ce couple de buse qui se dérobe à nos regards depuis notre arrivée. Chacun de mes mouvements est aussi lourd que l'air embrasant mes poumons. Mais les arbres commencent à bruisser tandis que le vent se lève. Derrière les dernières meules de foin debout à l'horizon, les flancs bistres d'un bataillon de nuage, cavalant, grondant pour deverser sur nous ses pluies salutaires. Je n'avais pas ouvert mes bras à l'orage depuis bien longtemps. Les paupières ruisselantes,c'est bouche ouverte que j'accueille la nuée et sa tiedeur imprègne ma robe. Le ciel clame sa puissance une ultime fois et le monde semble vibrer avec lui. J'ai la magnifique impression de le sentir s'enrouler autour de moi. Je voudrai que cela ne cesse jamais. Mes entrailles ont crié bien plus fort que ma voix ne saurait le faire, en choeur avec le tonnerre. Tout est calme enfin,les oiseaux ont repris leur charmant gazouillis.Le poitrail détrempé des terres a étanché sa soif, exhalant ses suaves fragrances. J'inspire son souffle embaumé et voici que l'on m'appelle.Mes enfants m'enveloppent d'une serviette en riant. En cet instant, je suis comme eux, j'ai dix ans. A l'avenir, je ne deviendrai jamais une grande personne.
Nuit estivale à la campagne ,le Berry s'etire nonchalamment à la face d'une lune rousse. Son croissant piqué sur la cîme d'un chêne s'estompe peu à peu derrière le voile lacéré des brumes. Il faut conter, à la lueur de la lampe tempête, la ronde des sorcières et des blanches damoiselles au pied léger. Le chant de la hulotte se déploie sur nos récits et répondant à la berceuse des grillons,les étoiles viennent émailler le doux firmament qui nous enlace.Sur la balancelle,ma petite fille baille et se pelotonne pour laisser le sommeil la gagner délicieusement.Je porte mon petit paquet emmitouflé dans le châle de sa grand-mère , jusqu'à son lit.Mon garçon n'a pas envie d'aller se coucher et semble méditer sur le pas de la porte.Il pointe du doigt la couronne boréale , fier d'être parvenu à la reconnaitre.La tête levée vers cette constellation que je me figure d'avantage comme un torque,je me souviens d'une autre nuit passée à l'admirer.Un soupir etouffé,des larmes retenues.J'embrasse tendrement mon fils et lui signifie qu'il est également temps pour lui d'aller faire de beaux rêves.Toute la maisonnée s'est endormie.Mes songes quant à eux me tiennent éveillée.Une multitude de pensées se bousculent en mon esprit. Je ne sais faire autrement sans cet amour , sans mon amour , je ne sais faire autrement que demeurer mélancolique quand s'eteignent les jours.En murmurant son nom comme une formule magique , je ferme finalement les yeux et je sais que mille lieux ne seront rien , que mille maux ne seront rien , car en moi il demeure en vérité et à jamais.
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